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L’âge des cuves est une menace pour les réacteurs – experts

Electricité

22 Nov 2019 12:57

Photo : Gilles Paire, Shutterstock.com

Photo : Gilles Paire, Shutterstock.com

22 Nov 2019 12:57

(Montel) Les effets du vieillissement sur les cuves des réacteurs de 900 MW sont une menace en cas de poursuite de leur exploitation au-delà de 40 ans, soutiennent des experts du nucléaire critiques de l’industrie, interrogés par Montel

« Personne ne sait si les cuves peuvent résister pendant encore dix ans. Face à ce doute, la solution la plus sage est d’arrêter définitivement les réacteurs à la quatrième visite décennale, soit quand ceux-ci atteignent 40 ans », affirme le physicien nucléaire Bernard Laponche.

« Toutes ces cuves présentent des fissures plus ou moins importantes qui, en cas de contact avec de l’eau froide, et donc de choc thermique, pourraient céder », déclare de son côté le physicien Jean-Marie Brom, directeur de recherches au CNRS.

« Ignorance scientifique »
« Les prélèvements effectués régulièrement sur l’acier des cuves ne permettent pas vraiment d’être certain de leur résistance. On est dans l’ignorance scientifique quant à une éventuelle rupture thermique, c’est de la probabilité », souligne-t-il, alors que le gouvernement entend prolonger la durée de vie de 44 réacteurs du parc nucléaire français.

Montel a interrogé ces experts après que l’IRSN, le bras technique de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a récemment demandé à EDF des compléments d’information pour les cuves de 30 réacteurs de 900 MW sur 34. Ceux-ci représentent un peu moins de la moitié de la capacité atomique totale du pays, qui s’élève à 62,3 GW provenant pour 58 réacteurs.

L’IRSN étudie notamment les conséquences de brèches potentielles de « 2 à 6 pouces (5 à 15cm) », dues au vieillissement par irradiation de l’acier des cuves, afin de pouvoir écarter tout risque.

L'ASN doit émettre un avis générique sur les conditions d’une éventuelle prolongation de la durée de vie de ces réacteurs au-delà de 40 ans d’ici 2021. 

L’IRSN a clairement indiqué que deux unités, Tricastin 1 et Bugey 2, étaient aptes à fonctionner dix années supplémentaires mais, malgré ce feu vert, les deux experts sont convaincus que ces tranches représentent un danger.

« L’IRSN nous dit qu’il n’y a pas de problèmes pour ces deux réacteurs mais, dans le même temps, demande des expertises concernant des petites brèches pour ces cuves également. C’est totalement contradictoire », dit M. Laponche.

« Résistantes »

D’autres spécialistes de l’industrie nucléaire sont toutefois loin de partager cet avis, arguant que de nombreux tests effectués depuis la mise en service de ces cuves ont prouvé leur résistance.

« Lorsque ces réacteurs ont été mis en service, [EDF] savait que la cuve serait un élément critique mais [n’]avait pas encore le recul pour savoir comment évoluerait la matière car c’était le début du nucléaire », note l’ingénieur nucléaire suisse Jean-François Dupont.

Pourtant, d’après lui, les tests menés depuis lors ont prouvé que les cuves étaient « encore plus résistantes que ce que l’on pensait, d’où la décision de prolonger les réacteurs aux États-Unis, où les licences sont les mêmes qu’en France ».

« L’acier utilisé en France est encore plus solide que celui des cuves aux États-Unis, où le gendarme du nucléaire a autorisé une extension de la durée de vie des réacteurs de 20 ans, jusqu’à 60 ans », confirme de son côté l’ancien ingénieur d’EDF et ex-conseiller spécial du directeur de projet EPR Flamanville, Serge Delauney.

« On pourrait même les prolonger au-delà de 80 ans sans problème », assure-t-il.

Pari irréaliste ?
Un pari irréaliste, aux yeux de l'association « Sortir du nucléaire », qui relève que dans le monde aucune centrale n'a jamais dépassé jamais les 50 ans, l'âge de la plus vieille unité sur le site de Beznau, en Suisse. 

« Les travaux seraient bien trop importants même si EDF minimise leur ampleur », relève sa porte-parole, Charlotte Mijeon.

Interrogée par Montel, une porte-parole d’EDF n’a, de son côté, pas souhaité préciser quels réacteurs pourraient être affectés par des fissures au niveau de la cuve, ni l’ampleur de ces dernières, soulignant que la cuve était contrôlée lors de sa fabrication, avant sa mise en service et de « façon approfondie » lors des visites décennales.

Les centrales nucléaires françaises ont été conçues pour durer 40 ans, bien qu’il n’y ait pas de limite d’âge spécifique. L'ASN, qui doit émettre un avis générique fin 2020 sur les conditions d’une éventuelle prolongation de la durée de vie des réacteurs, procède à leur inspection approfondie tous les dix ans afin de déterminer s’ils peuvent continuer à fonctionner.
 

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